Hard skills, soft skills : ce que le recruteur en fait
Les compétences techniques (hard skills) sont vérifiables et binaires : vous maîtrisez SQL, la paie, AutoCAD, l'anglais juridique — ou pas. Ce sont elles que les filtres automatiques recherchent en premier : plus de 90 % des grandes entreprises utilisent un ATS qui scanne cette rubrique avant qu'un humain ne lise quoi que ce soit.
Les compétences comportementales (soft skills) fonctionnent différemment : listées seules, elles ne valent rien — tout le monde s'auto-déclare « rigoureux et bon communicant ». Elles ne deviennent crédibles qu'adossées à une preuve dans vos expériences. La règle : les hard skills se listent dans la rubrique compétences, les soft skills se démontrent dans les bullet points d'expérience.
Conséquence directe pour la structure : une rubrique « Compétences » compacte et scannable (8 à 12 entrées techniques, groupées par familles), et des expériences rédigées pour prouver les comportements. Un CV qui liste « esprit d'équipe » dans un nuage de tags est un CV qui n'a rien compris à la façon dont il sera lu.
La méthode de sélection en 4 étapes
Première étape : partez de l'offre, pas de votre mémoire. Surlignez chaque compétence explicitement demandée, puis les compétences implicites (un poste « en autonomie sur le périmètre » implique de la gestion de priorités). Vous obtenez une liste cible de 10 à 15 items.
Deuxième étape : croisez avec ce que vous savez réellement faire. Trois catégories — maîtrisé, notions, absent. Ne gardez sur le CV que les deux premières, en signalant honnêtement les notions (« Python — notions ») : les tests techniques et la période d'essai démasquent vite le reste.
Troisième étape : reprenez les termes exacts de l'offre. Si elle dit « gestion de projet Agile », écrivez « gestion de projet Agile », pas « méthodologies itératives ». Les ATS modernes gèrent les synonymes, mais imparfaitement — et le recruteur humain, lui, cherche ses mots-clés en diagonale. Notre outil de score ATS compare votre CV à l'offre et liste les termes manquants.
Quatrième étape : hiérarchisez. Les 3-4 compétences décisives pour le poste doivent apparaître deux fois — dans la rubrique compétences et en contexte dans une expérience. Cette redondance délibérée est ce qui fait passer un CV du « match partiel » au « match fort » dans les outils de scoring.
Conseil pratique — Datez mentalement chaque compétence : une technologie non pratiquée depuis cinq ans n'a plus sa place en tête de liste. Soit vous la rafraîchissez, soit elle descend en fin de rubrique.
Exemples par métier : à adapter, pas à copier
Développeur / data : langages et frameworks avec niveau réel (TypeScript/React — avancé ; Python — courant), bases de données, CI/CD, cloud, tests. Les soft skills clés (revue de code, vulgarisation technique) se prouvent dans les expériences. Voir notre exemple de CV développeur full-stack.
Commercial : techniques de vente (prospection outbound, closing, négociation grands comptes), outils (CRM Salesforce/HubSpot, Sales Navigator), et surtout les chiffres dans les expériences : quota, taux d'atteinte, panier moyen. Un commercial sans chiffres est invisible — inspirez-vous de l'exemple CV commercial B2B.
RH : volets techniques (droit social, paie, SIRH utilisés, recrutement full-cycle, relations sociales) et périmètres chiffrés (effectif géré, volume de recrutements annuel). L'exemple CV responsable RH montre l'équilibre entre expertise réglementaire et dimension humaine.
Marketing : spécialités (SEO/SEA, CRM, contenu, brand), outils (GA4, Meta Ads, HubSpot), et résultats (CAC, taux de conversion, croissance d'audience). Santé : gestes et protocoles maîtrisés, spécialités, logiciels métier, formations certifiantes à jour — la rubrique compétences y est souvent réglementairement décisive. Finance : normes (IFRS, consolidation), modélisation, outils (SAP, Power BI), langues — et discrétion sur les données confidentielles des anciens employeurs.
Formulation et niveaux : les règles qui font pro
Annoncez les niveaux avec une échelle simple et constante : expert / avancé / courant / notions. Les jauges et étoiles, illisibles pour les ATS et subjectives pour les humains, ont disparu des CV sérieux. Pour les langues, utilisez le cadre européen (C1, B2) que tout recruteur sait décoder — « anglais professionnel » ne veut rien dire, B2 certifié TOEIC 890 si.
Groupez par familles logiques avec des intitulés courts : « Développement », « Data », « Outils », « Langues ». Huit à douze compétences bien choisies battent systématiquement les nuages de vingt tags : au-delà, chaque item supplémentaire dilue les décisifs. Les recruteurs passent moins de 10 secondes sur cette rubrique — elle doit se lire d'un seul regard.
Conseil pratique — Relisez votre rubrique en vous demandant pour chaque item : « Est-ce que je tiens 5 minutes d'entretien technique dessus ? » Si non, retirez-le ou requalifiez-le en notions. La compétence surestimée qui s'effondre en entretien coûte plus cher que son absence sur le CV.
À bannir sans hésiter
Le pack Office « niveau expert » (sauf si Excel avancé est réellement requis — auquel cas précisez : TCD, Power Query, VBA), les réseaux sociaux comme compétence sans dimension professionnelle, le permis B hors métiers qui l'exigent, les qualités auto-déclarées (« motivation », « sérieux »), et les compétences périmées qui datent votre profil plus qu'elles ne le servent.
En résumé : une rubrique compétences efficace est courte, calibrée sur l'offre, honnête sur les niveaux, et doublée par des preuves dans les expériences. C'est la rubrique la moins « créative » du CV — et celle qui décide le plus souvent du passage à l'entretien.